Nos échecs sont-ils vertueux ? [Suite]

 

Sud Radio, la Minute du Coach

Pablo :  Salut Fabian !

Fabian :  Salut Pablo !

On revient sur la thématique de la précédente Minute du Coach, à savoir : nos échecs sont-ils vertueux ?
Parce qu’il y a tant de choses à dire.

Oui, oui. Charles Pépin, l’auteur dont je parlais, le philosophe…
Je recommande une fois de plus la lecture de son livre “les vertus de l’échec”, tout ce que je vous expose ici, vous le retrouverez dans ces pages.
J’avais expliqué lors de cette Minute que, face à l’échec, on était confronté à une espèce d’ “Y”, soit la vertu de persévérance, soit la vertu de bifurcation.
Et je vais vous donner des exemples, notamment le Général de Gaulle.
Aujourd’hui, bien sûr, on a en tête cette figure absolument immense du Général de Gaulle mais on ignore souvent quel fut son parcours.
Le Général de Gaulle, très tôt dans sa vie, il a une grande idée de la France et il veut se battre pour cette grande idée.
Quand survient la Première Guerre mondiale, il aimerait aller au combat mais voilà, il est fait prisonnier très tôt et il s’ennuie, je pense, dans un château.
Il s’ennuie, il est mort d’ennui et cette grande idée de la France, il ne peut pas la défendre.
Alors après ça, il va écrire des livres sur la stratégie militaire, paraît-il excellents. Il écrit extrêmement bien. Mais personne ne commande ses livres ou ne les achète, encore moins ne les lit.
Donc deuxième échec.
Puis survient la deuxième Guerre Mondiale. Et on a tous en tête l’appel du 18 juin qui, en réalité, est un échec supplémentaire. Il y a 300 têtes qui arrivent, des marins, des gens qui, oui, ont répondu à son appel mais ce n’est pas l’appel qui est déterminant. Donc le Général de Gaulle, une fois de plus, essuie un échec.
Quand, beaucoup plus tard, on lui demandera comment il a trouvé la force de persévérer malgré ses différents échecs, il dira cette phrase assez intéressante :
“Je m’y étais habitué”

On peut s’habituer à l’échec?

Oui, comme si tu étais désensibilisé.
Comme les chevaux de la police montée, on les désensibilise puis on peut les envoyer en manifestations. Ils ont tellement vu de choses, qu’ils sont OK quoi. Il n’y a plus grand chose qui les effraient.
Et bien le Général de Gaulle s’était habitué à échouer.
C’est vrai que quand tu constates la vie de personnes qui ont des trajectoires assez linéaires : bon à l’école, bon à l’université, cadre tout à fait performant dans leur entreprise – ce qu’on appelle aussi le triomphe des moyens-bons – ces trajectoires linéaires, souvent, quand elles arrivent, quand elles aboutissent quand même à un échec, c’est extrêmement violent parce que la personne ne l’a jamais vécu avant et ne sait pas comment y être confronté.
Au demeurant, une dépression, c’est aussi un échec mais c’est un échec intéressant qui nous raconte quelque chose de nous.
Soit, ici dans le cas du Général de Gaulle, on a bien une vertu de persévérance, une personne qui a persévéré. Puis il arrive à Paris, il est acclamé. Les américains voulaient plutôt promouvoir, si je ne me trompe, le Général Giraud puis finalement c’est de Gaulle qui va avoir accès à ce destin extraordinaire que l’on connaît.
Par contre, on a d’autres exemples de bifurcation, notamment, Michel Tournier, l’auteur notamment de “Vendredi ou les Limbes du Pacifique” ou “Le Roi des Aulnes”, prix Goncourt à l’unanimité.
Michel Tournier, au départ, son rêve, son grand projet, c’est de devenir professeur de philosophie dans une fac à Strasbourg. Il maîtrise très bien l’allemand, c’est un spécialiste du philosophe Leibniz – c’est un excellent philosophe – et donc, il se présente à l’agrégation. Une fois, deux fois, trois fois…
Cinq fois il présente l’agrégation, cinq fois il se plante, cinq fois il échoue.
Après la cinquième fois, on lui dit : “Monsieur Tournier, vous ne pouvez plus présenter l’agrégation” et fi donc de ses rêves de fac de philo à Strasbourg.
A l’instar de de Gaulle que je citais juste avant, Tournier s’ennuie et il pond “Vendredi ou les Limbes du Pacifique”. Il deviendra l’un des auteurs les plus lus en France au siècle dernier.
Ici, on est bien dans la bifurcation, exactement comme Monsieur Honda.
Monsieur Honda, dont le rêve absolu est de devenir cadre chez Toyota, qui se présente à l’entretien d’embauche et qui est mauvais, avec des réponses indignes de son intelligence. Comme il n’est pas repris chez Toyota, presque par dépit, il crée la motocyclette Honda, encore une fois avec le succès que l’on connaît.
Et je termine, puisque je viens d’évoquer la persévérance selon de Gaulle, la bifurcation selon Tournier ou Honda – j’aurai encore un exemple qui va te plaire, toi qui aimes les chanteurs de vertu de persévérance – mais on peut se demander : “Quid d’une analyse, d’une lecture psychanalytique de l’échec ?”
Par exemple, est-ce que quand Tournier échoue à cinq reprises à l’agrégation de philo, est-ce que son désir inconscient n’est pas tellement puissant qu’il finit par avoir le dessus sur le désir conscient et le fait échouer ?
On parle en psychanalyse d’un acte manqué, quand l’inconscient s’exprime, ici, en l’occurrence à travers cinq échecs successifs.
Est-ce que Monsieur Honda n’est pas victime lui aussi victime – heureuse victime – d’un acte manqué, celui d’échouer à l’entretien d’embauche chez Toyota ? Est-ce que son désir inconscient n’a pas été tellement plus fort ?
Et je termine par une jolie histoire qui va te plaire, même si cette Minute est un peu plus longue que d’habitude, c’est Barbara.
Barbara qui pendant dix ans va être vraiment la risée de toutes les scènes.
Je pense qu’elle peinera à aller au bout de trois chansons, elle va essuyer des quolibets, peut-être même des tomates mais elle persévère, elle persévère, elle persévère …
Elle retourne à Paris – elle a tenté sa chance en Belgique sans succès – elle part à Montmartre, elle passe une audition dans un cabaret. On lui dit : “Je vous embauche… en cuisine !”
Résultat, la voilà en cuisine qui va rencontrer Boris Vian, qui va rencontrer Mouloudji et qui va devenir la vedette que l’on connaît.
Encore une fois, vertu de persévérance.
Et vous, mesdames et messieurs, qu’allez vous faire de votre échec ?
Persévérer comme de Gaulle, comme Barbara? Bifurquer comme Tournier, comme Honda ?
A vous de voler, avec les Aigles !

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *